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28/02/2005
l’illumination Mystique
Le second souffle du sionisme : l’illumination mystique
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Par Schlomoh Brodowicz pour Guysen Israël News
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Dimanche 27 février 2005 à 23:12
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Qui fut le premier illuminé du sionisme ? Délicate question s’il en fut car la réponse dépend de l’idée que l’on peut se faire du lien qu’entretient le peuple juif avec cette terre si trempée de sang, de sueur et de larmes.
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D’autant plus délicate d’ailleurs, que dans son sillage, on est tenté de se demander qui sera le dernier illuminé. Et la seconde réponse pourrait même suggérer la première.
Le bon sens historique dicte que le premier à entrevoir l’idée folle d’une souveraineté juive sur la terre ancestrale fut Theodor Herzl. Évidemment, les Juifs orthodoxes, pour la plupart, ne décochent qu’un condescendant mépris à ce juif assimilé qu’on tient pour un prophète, alors qu’il affirmait que la langue du futur État juif serait l’allemand car « l’hébreu est si pauvre qu’on ne pourrait pas en faire usage pour acheter un ticket de train ». Ils n’ont pas forcément raison, ces orthodoxes, car quoique que fut son bagage juif et sa vision, il faut reconnaître que si ceux qui ont foi en la Torah déployaient autant d’efforts pour elle que Herzl – mort d’épuisement et phtisique à 44 ans – en a déployé pour son credo à lui, le Messie se serait peut-être déjà annoncé. Allez savoir…
Le bon sens religieux dicte quant à lui que le premier illuminé à avoir aspiré de toute son âme au pays d’Israël – lequel n’était pas à une portée de fronde – fut Abraham parce qu’il abandonna tout pour se diriger vers cette terre qu’un D-ieu – qu’il était le seul au monde à avoir identifié (tu parles d’un illuminé…) – devait lui indiquer. Oui, mais est-ce vraiment là le seul ferment dont s’épanouit la vocation juive pour la terre sainte ? J’en vois personnellement un autre.
Lors de l’épisode où Abraham sollicite de Efron le ‘Héthéen de lui accorder la grotte de Makhpélah pour ensevelir Sarah, il a cette curieuse expression : « Je suis un étranger citoyen parmi vous ». Le commentaire de Rachi relève cette ambiguïté et explique : « De deux choses l’une : où vous acceptez et je la paierai comme un étranger doit le faire, ou vous n’acceptez pas et alors, je me conduirai en citoyen et la prendrai de force car D-ieu me l’a accordée. » Nous y reviendrons.
Le bon sens historique dicta à Herzl, à Pinsker, à A’had Aham et à bien d’autres après eux que devant l’hostilité des peuples, devant leur obstination à tenir les Juifs pour un irréductible essaim de sangsues méphitiques, il fallait que ceux-ci prennent leur destin en main, en édifiant un état. En clair, après dix neuf siècles d’une existence religieuse qu’aucun destin heureux ne semblait devoir consacrer, il fallait inaugurer une existence politique, seule garante de la restauration de la dignité juive. Le projet était fou, mais pas stupide. Et le cataclysme qui suivit rendit le projet encore moins fou et encore moins stupide, même si le défi demeurait titanesque. Il nous fallait posséder un pays où, selon la savoureuse expression du regretté Herbert Pagani, « un sale Juif serait un Juif qui ne se lave pas. » Lorsque les Juifs auraient un pays, ils auraient également une place dans ce qu’il est convenu d’appeler « le concert des nations ». On ne pourrait plus s’en prendre à un Juif dans le monde sans qu’une entité juive légalement attestée devant les nations ne tape du poing sur la table.
Par-delà les convictions et les clivages, il faut s’incliner avec déférence devant tout ceux que leur conviction sincère a conduits à sacrifier leur vie pour qu’un pari aussi fou se cristallise en une réalité historique. Seulement voilà : si le bon sens historique est le bon sens, les événements dictent que pour le peuple juif, le bon sens historique déterministe n’est pas tout le bon sens.
Après un demi siècle, il semble que l’idéal sioniste des pères fondateurs n’ait pas été épargné par les outrages du temps. Il semble que le pari de maintenir devant les nations la légitimité d’une réalisation miraculeuse à bien des égards, est plus difficile que ne l’était jadis celui de la faire jaillir du néant. Les enfants de ceux qui ont consacré leur vie à épanouir l’histoire de leur peuple revoient à la baisse les prétentions d’un pionniérisme désormais désuet dans un pays « comme les autres ». Et – pardonnez-moi cette question sacrilège – où le bon sens historique a-t-il donc arrêté sa course pour qu’en Israël on assassine plus de Juifs qu’en n’importe quel autre pays du monde ? N’est-ce pas cet effroyable pogrom de Pessa’h à Kichinev en 1903, dont les photos – les premières du genre – soulevèrent d’horreur le monde entier, qui décida maint cœur juif à en finir avec l’exil ? Mais s’il peut se passer la même chose de nos jours à Netanya, où va le bon sens de l’histoire ?
Par contraste – nous y revenons – le sionisme d’Abraham faisait peu cas du bon sens historique. Il faut croire qu’il en avait déjà entrevu les limites. Et les enfants de ceux qui, à travers les générations, se sont davantage fiés à la promesse faite à lui par D-ieu qu’à un bout de papier dicté aux nations par un accès de contrition aussi fugace que suspecte, sont ceux qui à présent ont décidé de ne pas baisser la garde. Ces « illuminés mystiques » aux esprits dévoyés par des « rabbins fanatiques » – j’ai choisi les terminologies les plus accessibles au grand public…– ont au moins démocratiquement le droit de ne pas penser leur existence juive à contre courant de leur patrimoine. La lucidité têtue qu’ils puisent dans l’histoire juive leur dicte que la dialectique talmudique a maintenu à flots durant deux millénaires une identité juive torpillée sous toutes les latitudes, tandis que l’identité politique jaillie du bon sens historique manque déjà d’air pour souffler moins de soixante bougies. Contrairement aux images outrées que donne d’eux l’iconographie bien pensante, ils n’opposent pas la civilisation moderne à la vocation biblique, ne privilégient pas le boulier au Pentium et la plupart savent que l’eau chaude a déjà été inventée.
Seulement ils n’ont pas choisi d’épanouir leur vocation juive sur la terre de leurs ancêtres à la seule fin de se forger une dignité politique, tant il est vrai que tant qu’à dissoudre leur identité dans la réussite sociale, les bios technologies, les belles plages et les boîtes branchées, la problématique identitaire pouvait être résolue aux endroits qu’ils ont quitté – et à moindres coûts.
La conclusion tombe sans appel : ceux qui s’accrochent au Goush Katif peuvent dignement continuer à évoquer Abraham trois fois quotidiennement, tandis que ceux qui acceptent de se soumettre à la stratégie du saucisson feraient aussi bien de décrocher le portrait de Theodor Herzl d’au-dessus de leur tête.
Cette illumination là semble avoir vécu.
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