Revue de Presse

09/02/2005
Rav Chlomo Aviner: Eretz Israël, une mitsva.

Eretz Israël: une mitsva -Rav Chlomo Aviner

 

 

Question: Face à la fameuse dichotomie Israël/diaspora qui divise actuellement le peuple juif, une question surgit: avons nous le droit et l’obligation de vivre sur la terre qui nous a été promise par l’Eternel ou bien avons nous le droit de nous maintenir en diaspora tout en nous conformant à la halakha, la loi traditionnelle juive ?

 

Réponse: en fait, pour répondre, il nous suffit de consulter les multiples versets de la Bible qui nous poussent à admettre que vivre sur la terre d’Israël est bien plus qu’une simple mitsva:Vous prendrez possession du pays et vous y habiterez, car je l’ai donné pour qu’il soit votre propriété.” (Nombres XXXIII, 33). Nahmanide explique ainsi ce verset: “Il s’agit là d’un commandement positif. D… nous ordonne en termes clairs et précis de prendre possession de ce pays et de l’habiter.”

 

Pour mieux mettre en relief l’importance capitale de ce commandement, Nahmanide précise que si une controverse survient au sein d’un couple autour d’un projet d’alya, de montée en Eretz Israël, le conjoint qui souhaite y vivre a le droit de demander le divorce afin d’accomplir cette mitsva. ( traite talmudique ketoubot p.110b)

 

Mais cela ne nous explique toujours pas si ce commandement doit être appliqué occasionnellement (quand l’occasion se présente à nous) ou au contraire, s’il s’agit d’un ordre permanent. N’oublions pas à ce propos que même le juif le plus scrupuleux n’est pas astreint à l’ensemble des 613 mitsvot puisque s’il n’est pas Cohen ou roi, les lois liées aux rois ou Cohanims ne le concernent pas.

 

Nos sages répondent à notre interrogation en affirmant que le commandement d’habiter Eretz Israël a autant de valeur que l’ensemble de toutes les mitsvot (Sifri Ekev 11).

En effet, nous devons déduire de ce paragraphe que l’on doit certainement pratiquer les mitsvot tant en Israël qu’en exil. Mais en exil, les mitsvots sont des rappels destinés à nous mettre en condition, en vue du jour de la délivrance et du retour. Alors seulement ces commandements prendront toute leur signification (Rachi, Devarim, XI, 18).

 

Pour illustrer cette relation toute à fait spécifique entre notre peuple et sa Terre, Rabbi Yehouda Halevi se sert, dans son livre du Kouzari, de l’image de deux arbres. L’un aurait été planté dans le désert et tenterait de survivre tant bien que mal tandis que l’autre planté dans un verger donne ses plus beaux fruits en abondance.

 

Ainsi, comprenons nous mieux l’expression de Rabbi Haim Benattar ( commentaire sur la parasha Nitsavim) qui affirme que la mitsva d’habiter en eretz Israël est klalit, générale, car elle procure à tous les autres commandements leur valeur essentielle.

Nos sages affirment de même (traite talmudique Ketoubot p.101a et Maimonide, lois sur les rois, V, alinéa 12) que la valeur intrinsèque d’Israël (même si la Torah n’y est pas pratiquée !) prend le pas sur les avantages d’un entourage même religieux, en exil.

 

L’attachement de la nation juive à sa Terre est comparable à celui de deux conjoints: en dépit des difficultés matérielles que nous pouvons rencontrer dans la vie quotidienne, nous restons toujours liés corps et âme à notre terre qui, réciproquement, ne cessera jamais de nous rendre largement notre amour et notre fidélité.

 

 

 

 

 

 
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