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03/03/2008
L'alya de France au-dessus de la mêlé
L'alya de France se place au-dessus de la mêlée
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Par Caroll Azoulay pour Guysen International News
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Mardi 8 janvier 2008 à 19:23
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Les chiffres communiqués par le ministère de l’Intégration en cette fin d’année 2007 ne laissaient pas de place au doute quand au bilan particulièrement morose de l’alya mondiale. De là à parler d’une 'alya en chute libre', comme l’a titré Guysen récemment, "c’est trop" selon Avi Zana, directeur de AMI. Pour ce spécialiste de l’immigration, la alya de France, elle, a en effet progressé de façon stable depuis plusieurs années, et ce résultat attire en soi une analyse particulière. D’où ce droit de réponse légitime accordé à l’intéressé…
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Jamais la publication de données relatives à l’immigration n’avait suscité autant de polémiques en Israël. L'Agence Juive, le ministère de l’Intégration, l’association Nefesh Bne Nefesh qui encourage l’alya d’Amérique du Nord, et AMI qui soutient celle de France, semblent se livrer une véritable guerre des chiffres, chacun se refusant à affirmer que l’alya est tout simplement en baisse…
Il n’y a pas de guerre des chiffres, nous cherchons simplement à éclairer les données très abruptes communiquées par les services de l’immigration. Dans ce domaine, il est extrêmement important de replacer les choses dans leur contexte afin de ne pas induire les gens en erreur. L’alya doit être observée comme une tendance et non pas analysée comme une science exacte qui livre des résultats à cinquante 'olim' prés.
Mais êtes-vous, oui ou non d’accord avec le fait que le nombre d’immigrants enregistrés cette année est le plus bas depuis 18 ans ?
C’est incontestable sur le plan global, mais pour AMI qui s’occupe de l’alya de France, c’est au contraire une tendance inverse que nous constatons sur le terrain. Et donc, quand on parle d’une chute libre de l’alya, on pourrait en déduire que l’alya française est elle aussi en baisse.
Nous nous portons en faux contre cela, car avec près de 3000 olims par an depuis 3 ans, nous voulons rappeler que l’alya de France constitue aujourd’hui l’un des courants d’immigration les plus importants.
Si l’on ramène ces chiffres à des rapports proportionnels de population, on peut sans doute affirmer que l’alya de France est la plus importante pour Israël actuellement. 2 900 juifs de France équivalent, en terme de proportions à 29 000 juifs aux États-Unis.
Faut-il se satisfaire de ces chiffres ?
L’alya ce n’est pas une usine qui fabrique et expédie ses 40 'pièces' journalières. Et c’est assez impressionnant de constater, que depuis 4 ou 5 ans, l’alya de France se maintient à peu près aux mêmes chiffres avec entre 2600 à 3000 'olims' par an.
Cette constance dépasse toutes les statistiques depuis 35 ans. Bien évidemment, le but n’est pas de se satisfaire de ces chiffres mais de travailler encore davantage pour aider ceux qui le désirent à faire leur alya.
Sur un plan plus général, et mis à part l’exemple de la France, comment explique t-on la baisse des chiffres de l’immigration ?
J’aimerais rappeler aux journalistes ainsi qu’au gouvernement que la Russie n’existe plus depuis 18 ans. Désormais nous avons affaire à une multitude de petits états respectivement dotés de leur propre hymne, drapeau et gouvernement.
Je ne vois pas dans ce contexte, pourquoi on publierait chaque année les chiffres de 'l’alya de Russie'. Cela n’a aucun sens. Les juifs de Moscou ou du Tadjikistan n’ont aujourd’hui plus rien en commun. Ainsi, s’il est vrai que la alya moscovite est encore importante, avec près de 2500 olims par an, il n’en demeure pas moins qu’il n’existe plus actuellement 'd’alya russe', au sens où on l’entendait dans les années quatre-vingt-dix, époque à laquelle cette alya représentait la principale source d’immigration pour Israël.
Une confusion assez semblable existe en ce qui concerne les chiffres publiés pour l’alya 'd’Amérique du Nord', lesquels incluent de façon tout à fait erronée le Canada. Mais alors que plus de 400 000 juifs vivent au Canada, moins de 300 ont fait leur alya cette année.
Je trouve donc injuste que l’on compare les chiffres de France avec ceux évidement plus importants, car plus globaux, d’Amérique du Nord. Si l’on veut comparer, il faut prendre les bons modèles.
Pensez-vous réellement que le grand public soit sensible à ces nuances, et pourquoi est-ce si important de donner ces précisions ?
Il existe des intérêts liés aux budgets mis à disposition de la délégation de l’Agence Juive en France. Plus l’alya de France est importante, plus elle est considérée à l’échelon politique. La France qui est un pays stable et dans lequel on n’enregistre aucune crise politique, représente en parallèle une source exceptionnelle pour l’alya et pour Israël en général.
Et à ce titre, la France devrait davantage mobilisé le gouvernement israélien. Je rends d’ailleurs hommage aux éducateurs en France qui ont effectué un formidable travail de fond pour rapprocher la communauté d’Israël. Et c’est à ce travail que l’on doit aujourd’hui les chiffres actuels de l’alya.
En affirmant que l’alya globale est en baisse craignez-vous que cela entraîne un ralentissement de l’alya de France ?
Cela peut effectivement amener les gens à se poser des questions. En n’expliquant pas clairement aux gens les raisons de ce ralentissement, qui n’est finalement dû qu’à la baisse de la alya en provenance de Russie, on induit les gens en erreur sur la problématique de la alya.
Tout de même, n’est-ce pas inquiétant de n’avoir comme principale référence en terme d’immigration que l’alya de Russie ?
Dans la mesure où l’alya de Russie, qui englobe près de 15 pays, constitue encore près de 25 à 30 % du potentiel d’immigration, la baisse importante des chiffres de l’alya dans ce groupe-là influe de façon draconienne sur les statistiques en général.
Mais n’est-ce pas quelque peu malhonnête de prendre ce groupe géographique comme référence alors que, vu la situation de crise, l’Agence Juive et le gouvernement israélien n’ont pratiquement déployé aucun effort pour faire venir ces populations en Israël ?
Il est vrai que les responsables de l’immigration en Israël ont tendance à faire croire qu’ils ont joué un rôle dans cette alya, alors que celui-ci n’a finalement consisté qu’à canaliser la venue des juifs de Russie, et bien évidement à les intégrer une fois sur place.
La baisse de l’alya de Russie met donc aujourd’hui le doigt sur l’incompétence des responsables de l’immigration à susciter chez d’autres populations juives de Diaspora l’élan sioniste…
Oui peut-être, et c’est la raison pour laquelle je dis qu’il faut désormais mettre l’accent sur les efforts à déployer aux États-Unis et en France afin de s’occuper de ces deux 'réservoirs' particulièrement dynamiques qui ne demandent qu’à être encouragés.
Pour ce qui relève de la compétence d’AMI, quel bilan dressez-vous de cette année 2007 ?
La situation n’a jamais été aussi bonne au niveau de l’encadrement, de la prise en charge, du soutien moral et financier, et de la mobilisation des franco israéliens à l’égard des 'olims'. La situation économique en Israël est stable et même en progression, avec un taux de chômage en baisse, et un PNB en hausse. Évidemment ces données concernent moins les 'olims' que les Israéliens moyens, mais en parallèle, les opportunités que représente la délocalisation du travail ont largement augmenté ce qui aplanit ces différences.
Mais comment expliquez-vous les nombreuses réactions d’amertume que suscitent souvent les articles relatifs à la alya. Elles évoquent le manque d’aide, le retour inéluctable en France ou encore les complications administratives sans fin qui s’opposent à une bonne intégration…
On peut évaluer à environ 10 % le nombre de olims qui éprouvent des difficultés à s’intégrer ou à trouver du travail. Il est vrai que les 'olims' âgés entre 50 et 60 ans et qui n’étaient en outre pas qualifiés en France sont ceux qui ont le plus de mal à s’intégrer en Israël. Il ne faut pas oublier que même si la situation économique est globalement bonne, le niveau de vie n’a rien à voir avec celui de France.
Ajoutez à cela, que le dernier arrivé dans un pays est souvent celui qui est le plus exposé, vous trouverez l’ensemble de facteurs qui expliquent souvent cette amertume. Pour autant, on ne peut ni ne doit faire aucune sélection préalable au sein de la population de olim potentiel. Chacun est libre même si, au fil des ans, le profil des immigrants s’est de lui-même affiné, et ce, grâce en grande partie aux campagnes d’informations menées à la source par les différentes organisations chargées d’encadrer la alya.
Quel est ce profil ?
Des jeunes en fin d’études, célibataires, ou mariés avec peu d’enfants, ou des seniors à la retraite, avec beaucoup moins de cinquantenaire en milieux de carrière dont le métier sera difficilement reconvertible en Israël.
Plus prosaïquement, AMI est entré cette année dans les petits papiers du gouvernement en recevant un budget et un statut. Quel regard portez-vous sur cette réalisation ?
Il s’agit d’un beau succès. Il existe désormais une ligne qui s’appelle 'AMI' dans le budget de l’État, et nous en sommes fiers. Ceci a été voté à la fin de l’été, et cela sera mis en place à partir du 1er janvier, date à partir de laquelle nous recevrons le budget pour 2008. En ce qui concerne 2006 et 2007 nous avons bénéficié de budgets 'expérimentaux'.
De quel ordre ?
De 500 000 dollars. Mais ces budgets sont proportionnels à l’apport de l’organisation et sont rétroactifs. Il s’agit donc d’une aide, décalée dans le temps et qui ne finance qu’une partie de nos activités. Mais ce qui est surtout important pour nous, c’est que le gouvernement reconnaît la valeur de notre action et le sérieux de notre travail qui est, vous vous en doutez, ausculté à la loupe.
Quels sont les projets d’AMI en 2008 ?
Nous nous occupons actuellement de 30 % à 50 % de olims, parmi lesquels 700 ou 800 familles qui ont reçu une aide financière. Une centaine de personnes vient en outre solliciter régulièrement des conseils, du soutien ou même parfois un simple contact. Avec la quasi-fermeture de l’UNIFAN, AMI est aujourd’hui le seul bureau francophone d’orientation des immigrants en Israël.
D’ailleurs, AMI devrait prochainement ouvrir des bureaux à Tel Aviv et dans une autre ville côtière du pays. Nous aimerions également jouer le rôle de coordinateur au sein du monde associatif francophone qui est extrêmement actif mais qui a probablement besoin d’être mieux structuré.
Cette année nous avons par ailleurs rappelé systématiquement tous les olims arrivés en 2005 pour analyser leur intégration sur deux ans. Nous nous sommes rendus compte que 7 % des personnes appelées ne se trouvaient plus en Israël. On se trouve donc bien en deçà des chiffres avancées, parfois à l’emporte-pièce, selon lesquels un tiers ou la moitié des olims reviendraient en France.
Même si ce chiffre n’est pas appuyé par un sondage d’opinion, il n’en demeure pas moins, que pour la première fois dans l’histoire de la alya juive de France, nous avons désormais un aperçu extrêmement sérieux, et relativement positif du devenir des olims français en Israël. Nous mènerons donc très certainement un nouveau sondage d’ici la fin 2008 pour avoir un recul encore plus intéressant sur l’intégration à l’issue de 3 ans passés en Israël.
La perte de vitesse du leadership politique israélien n’est-elle pas de nature à décourager l’idéal sioniste qui habite les olims potentiels ?
Israël a toujours fait face à des crises, et je ne pense pas que les différents problèmes de société, ou de politique parviendront à décourager les juifs à venir s’installer dans ce qui est, et restera, leur foyer de cœur et d’âme. Il ne faut pas se laisser aveugler par des obstacles qu’Israël parviendra à court ou a moyen terme à dépasser.
Depuis sa création des milliers de juifs du monde entier, et le plus souvent très pauvres se sont intégrés en Israël. Ils sont aujourd’hui propriétaires, chefs d’entreprises, médecins ou agriculteurs, et ont tous leur place dans la société. Il n’y a donc pas de raison pour que la prochaine vague d’alya ne trouve pas la sienne.
Après près de 30 ans passés au service de l’alya, vous êtes donc toujours aussi motivé par le sujet ?
Absolument. Les juifs doivent retourner sur leur terre. Et même s’il existe des difficultés en Israël, il n’est pas normal qu’après plus de 2000 ans d’exil, autant de juifs dans le monde n’arrivent toujours pas à comprendre que l’État d’Israël fait partie intégrante de leur existence. Notre mission est de les aider à réaliser ce projet fondamental.
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