Revue de Presse

08/06/2006
La majorité des Juifs de France ont leur bo

David Roche :
«La majorité des Juifs de France ont leur boussole tournée vers Israël»

Le directeur de l’Agence Juive, David Roche, se félicite de l’augmentation de l’alyah française année après année. Le mouvement, dit-il, n’est pas prêt de s’essouffler. Il explique pourquoi.

Actualité juive : 650 Juifs de France sont partis en Israël le 25 juillet à partir de Paris et de Marseille. À quel nombre cela porte-t-il le nombre d’alyiot depuis janvier 2006 ?

David Roche :
A la fin du mois d’août, le nombre de Juifs de France qui auront fait leur alyah s’élèvera à 2.800, dont 1.000 en juillet et 800 en août. C’est 10 % de plus que l’an passé à la même période.

A. J. : Comment expliquez-vous cette augmentation ?

D. R. :
L’alyah est devenu un sujet légitime. La communauté juive de France est attachée à Israël. Elle a compris qu’elle n’avait pas beaucoup d’avenir ici. Je prévois une augmentation du mouvement de l’ordre de 10 à 20 % d’une année sur l’autre.

A. J. : L’an passé, vous estimiez à 3.750 le nombre d’alyiot françaises pour l’année 2006. Atteindrez-vous cet objectif ?

D. R. :
Je pense que l’on terminera l’année davantage autour de 3.500 départs. Mais il n’est pas impossible que cela soit 3.750.

A. J. : Parce que vous prévoyez des départs à la dernière minute ?

D. R. :
Il nous arrive en effet de recevoir des personnes qui veulent faire leur alyah très rapidement. Généralement, ce sont des personnes pour lesquelles le déplacement est facile. En l’occurrence, les jeunes, les retraités ou ceux dont une partie de la famille se trouve déjà en Israël. Ceux-ci prennent parfois leur décision du jour au lendemain.

A. J. : Vous dites souvent qu’un des obstacles majeurs à l’alyah est l’indécision. Comment l’Agence Juive tente-t-elle de la surmonter ?

D. R. :
La majorité des Juifs de France ont leur boussole tournée vers Israël. Ils envisagent de faire leur alyah dans les trois ou quatre prochaines années. Mais ce laps de temps ne diminue pas d’une année sur l’autre. C’est précisément sur la réduction de ce délai que nous devons agir. Ce que nous conseillons, c’est donc de ne pas prendre d’engagements à long terme durant cette période comme acheter une maison ou se lancer dans de grands projets.

A. J. : La plupart des personnes interrogées pour les besoins de ce dossier ne disposaient pas encore d’emploi en Israël. Comment l’expliquez-vous ?

D. R. :
Il est très difficile de décrocher un travail avant d’être sur place. Mais nous y travaillons activement. Il y a quinze jours, nous avons fait venir un conseiller d’orientation professionnelle israélien en France. Il a permis à quelques olim d’obtenir un travail dès leur arrivée. Ceci étant, il est évident qu’au cours de la procédure d’alyah, il faut apprendre à mieux connaître le monde du travail israélien. L’Agence Juive accompagne les futurs olim en organisant des ateliers de recherche d’emploi et de rédaction de curriculum vitae. Nous les mettons également en relation avec des cabinets de recrutement israéliens et fixons même des rendez-vous à l’avance en prévision de leur arrivée sur place. À cela s’ajoute l’apprentissage de l’hébreu qui est une clé essentielle pour décrocher un travail. Nous proposons des oulpan intensifs. Nous sommes aussi à l’origine de la page d’hébreu hebdomadaire dans Actualité Juive, laquelle inclut du vocabulaire, des cours de grammaire, des chansons et des sites référencés sur Internet.

A. J. : Populariser l’alyah est donc votre objectif ?

D. R. :
Absolument et c’est notre rôle. Je crois qu’avec notre équipe, qui est particulièrement dévouée, nous avons plutôt bien réussi ces deux dernières années. Le sommet de cette entreprise a été la cérémonie à la Grande Synagogue de la Victoire, à laquelle ont participé les dirigeants des principales organisations juives de France. Cette bénédiction des olim hadashim était un symbole fort. Une marque concrète que l’alyah figure parmi les priorités de la communauté juive de France.

A. J. : C’était une première, n’est-ce pas ?

D. R. :
Oui. L’initiative revient au Consistoire de Paris et à AMI. Elle était importante pour les olim, surtout dans le contexte actuel. L’Agence Juive n’a d’ailleurs enregistré aucune annulation. Deux familles qui devaient s’installer dans le Nord ont obtenu des solutions de remplacement, sinon les autres ont souhaité poursuivre leur projet sans hésitation. Cette persévérance est une contribution stratégique à la force d’Israël, étant donné que le combat actuel n’est pas une guerre militaire mais une guerre psychologique. Faire son alyah, c’est la meilleure chose à faire pour renforcer Israël. C’est une manière de prouver à tout le monde, et à nos soldats à la frontière que le « Am Israel Hai » est en pleine vitalité. On doit continuer de faire l’alyah même en ces temps difficiles. Notre combat principal est celui du rassemblement du peuple juif sur la terre d’Israël.

A. J. : Mais pourquoi avoir organisé une cérémonie cette année et pas les années précédentes ?

D. R. :
Je ne pense pas que la communauté et ses dirigeants étaient prêts à faire ce pas, l’an passé. Le projet est merveilleux, il a mûri. Aujourd’hui, il s’est concrétisé. J’espère vivement qu’il deviendra une tradition parce qu’il n’y a rien de plus beau qu’une bénédiction religieuse pour des personnes à l’origine d’une démarche essentielle pour le peuple d’Israël et pour sa continuité sur la terre d’Israël.

A. J. : Pourquoi dites-vous que les dirigeants communautaires n’étaient pas prêts ?

D. R. :
Il y a encore quelques années, il n’était pas évident de déclarer que l’alyah était une responsabilité communautaire. La plupart des gens étaient plus réservés non pas s’agissant de l’amour pour Israël mais par rapport à l’alyah. Cela a pris du temps, mais le mouvement a évolué dans la bonne direction.

A. J. : A vos yeux, qu’est-ce qui l’a influencé ?

D. R. :
Le travail entrepris par les organisations communautaires, un peu celui de l’Agence Juive et surtout la situation en Israël et en France. Malgré la baisse des actes antisémites, ce qui s’est passé depuis l’an 2000 a laissé une marque dans les esprits, et a conduit les gens à penser que leur avenir était en Israël. À l’Agence Juive, nous avons notamment ressenti une nette augmentation des appels depuis l’assassinat du jeune Ilan Halimi. Environ 46 % de personnes supplémentaires participaient aux réunions d’information. Leur nombre a donc doublé.

A. J. : D’ici à cinq ans, quels sont les objectifs de l’Agence Juive en termes de départ ?

D. R. :
500.000 Juifs de France, le maximum. Concrètement, on ne peut donner de prévisions sérieuses d’ici à cinq ans dans la mesure où on ne maîtrise pas encore tous les facteurs qui influencent l’alyah. On ne sait pas encore ce qu’il se passera en France, en Israël, et dans le monde. Toutefois, je prévois une augmentation constante d’à peu près 10 % chaque année. Si l’on est à 3.500 cette année, il pourrait y avoir, à raison de 4 à 5.000 olim par an, une arrivée de 20 à 25.000 olim de France d’ici à cinq ans. Le mouvement pourrait s’accélérer plus ou moins rapidement si, mais que D.ieu nous en préserve, des événements dramatiques survenaient en France ou en Israël.

A. J. : A combien estimeriez-vous les gens qui rentrent en France après une tentative d’alyah ?

D. R. :
Nous n’avons pas de chiffres officiels. Nous sommes dans un pays démocratique, nous n’inspectons donc pas les faits et gestes de chacun. Ce que je peux dire, c’est qu’il y aurait à peu près 15 à 20 % d’échecs par an concernant l’intégration en Israël, tous pays d’origine confondus.

A. J. : Quels sont les profils des 600 olim qui sont partis le 25 juillet ?

D. R. :
S’il y a deux ou trois ans, beaucoup de familles religieuses, voire très religieuses et des retraités faisaient leur alyah, ce profil a évolué aujourd’hui. Il témoigne d’une normalisation de l’alyah dans la communauté. La moyenne d’âge des familles a nettement diminué. Elles sont de tendances religieuses très différentes.

A. J. : Comment les olim de France sont-ils perçus en Israël ?

D. R. :
L’alyah de France est réputée pour être une alyah de qualité. Par ailleurs, les Israéliens aiment beaucoup les Français. Ils ont une bonne mémoire et n’ont pas oublié que pendant la Seconde Intifada, les seuls touristes juifs à venir par dizaines de milliers étaient les Français. Cela a marqué les esprits. C’est une marque de fidélité que l’alyah ne fait que confirmer.

A. J. : Le vol du 25 juillet était conjointement organisé par l’Agence Juive et par AMI. Qu’en est-il de la coopération, notamment financière, entre les deux organisations ?

D. R. :
Notre collaboration est exemplaire. Nous sommes en totale synergie. D’un point de vue financier, il arrive que, sur examen du dossier et uniquement sur cela, la période durant laquelle le ministère de l’Intégration octroie le panier d’intégration soit rallongée de moitié par AMI. Concrètement, les olim peuvent être soutenus pendant une année. Le temps pour eux de trouver leurs marques.

A. J. : Depuis la France jusqu’à l’arrivée en Israël, l’Agence Juive médiatise de plus en plus souvent les départs. Pourquoi ?

D. R. :
Médiatiser une chose essentielle à l’avenir d’Israël, comme le rassemblement des Juifs sur Eretz Israël, est tout à fait légitime. Il est normal qu’une fois par an, le gouvernement d’Israël, avec le Premier ministre à sa tête, vienne pour reconnaître l’alyah comme une priorité et une valeur du pays. S’agissant de la France, je trouve qu’il est aussi naturel que la communauté accorde dans le respect son soutien à ceux qui avancent avant le reste de la communauté et qui font un pas révolutionnaire dans leur vie.

Propos recueillis par Yaël Scemama

 

 

 

 
www.shomronalya.com © 2005 Webmaster
Developped by www.mearastudio.net